La révolution de l'enchantement

La révolution de l'enchantement

Journal d'une résidence à la médiathèque l'Escale à Auby

Journal des tricoteuses

Journal des tricoteuses

Les S.D.F du tricot

 

Ensuite nous avons déménagé, Salle Jules Vallin, à la mairie dans la cour.

C’est une salle qui servait à l’harmonie municipale, aux réceptions, aux banquets. A l’poque on n’était plus très nombreuses. Il y avait eu des décès. Certaines avaient des problèmes pour marcher.

Je me souviens aussi de l’Union des Femmes Françaises, en 1966. Madame V. en faisait partie. Du coup, on s’est toutes affiliées. On avait notre carte. Il s’agissait de défendre le droit des femmes. De se battre pour les allocations familiales. On a même participé à des manifs à l’époque ! Le groupe des tricoteuses est monté deux fois manifester à Paris !

 

En 2000 et quelque, on nous a placées en garde à vue ( rires ) à la Police Municipale. La salle Capelle était trop grande pour nous, trop froide et en rénovation. On a donc atterri dans le local de la Police Municipale. On était gelées. Parfois on tricotait avec un manteau !

 

Puis vient l’année du CCAS. Entre l’église et le Secours Populaire. Après le décès de mon mari, Mauricette et madame Contard m’ont poussée à entrer dans le groupe des tricoteuses pour ne pas remuer mon chagrin. C’était à l’époque de la Goutte de Lait. Vous connaissez ? C’est comme ça que l’on appelait la consultation gratuite pour les nourrissons. Dans le temps, on n’employait pas des sigles comme maintenant. C’était plus simple.

 

Espérance : « Du temps de la salle Capelle, je venais avec mon petit garçon. On en a eu des déménagements. On est des nomades du tricot ! On nous a souvent chamboulées ! En quelque sorte des SDF de la pelote de laine !

Ça fait un an qu’on vient à la bibliothèque ! C’est assez convivial. On parle un peu de notre vécu. De notre ancien travail. On prend des nouvelles les unes des autres. Ça permet aussi de parler de personnes qu’on ne voit plus. Ce qui est bien c’est que, ce qui se raconte ici, ça ne sort pas d’ici. Et ça c’est beau. J’ai horreur des cancans.

Par exemple, une ancienne tricoteuse, L., c’est triste, elle est partie à Beauséjour, une maison de retraite. Elle mange avec madame D. à la cantine.

- Vous êtes ici alors ?

- Oui, mes enfants m’ont placé ici.

Fin de la conversation.

C’est parce qu’elle est dépressive. Et il paraît que c’est mieux pour elle.

- Mais elle va mieux au moins ?

- Oui, c’est ce qu’elle dit !

- Moi je n’ai pas osé lui demander.

 

- Tous les derniers jeudi du mois, je vais faire un loto. C’est une association, Le temps de vivre, qui l’organise.

 

- Nous les tricoteuses, on est comme une petite famille.

- Oui et moi Espérance, je suis leur grand-mère… On me sert mon café...

- J’en en fait de belles choses avec mes aiguilles. Maintenant, je n’ai plus le goût. Depuis la mort de mon mari puis de mon fils, il y a quelque chose de cassé dans ma tête. Je ne sais plus me concentrer. Je lis le catalogue, je suis les lignes des yeux mais je suis ailleurs.

- Il faut dire qu’on est toutes veuves à peu près. Sauf Yasmine, madame Manteaux et Véronique. Babeth, elle, c’est une célibataire endurcie !

- Trois ans mariée, trente ans divorcée !

- C’est pour dire qu’une femme peut rester seule et élever ses enfants.

- Et puis ici on se serre les coudes, ça fait du bien d’être entre femmes.

- Mon fils est mort à 50 ans. Quatre mois après, c’était son père !

- Quand on vient ici, on oublie es misères !

- Puis on rentre chez soi et l’affaire est faite !

- Bon, il faut avouer, il y a des moments, ça fait un peu poulailler !

- Mais ça fait du bien, c'est sûr, de parler à quelqu'un...

 

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