La révolution de l'enchantement

La révolution de l'enchantement

Journal d'une résidence à la médiathèque l'Escale à Auby

Nord ou Vif

Prendre les chemins vers là-bas

Prendre les chemins vers là-bas

Invitation à la marche

en 29 stations

 

( 1 )

Viens, tu es chez toi ici. C’est partout et nulle part. Mais dés que tu fais un pas tu t’éloignes, dés que tu penses, tu meures. Je parle de cette mort qui éteint l’éblouissement pour en faire ta conscience.

( 2 )

Regarde en face chaque caillou, chaque arbre, chaque pierre de ta maison comme tes propres enfants. Tous les chemins qui s’éloignent puis reviennent vers toi sont des amis qui te connaissent mieux que toi. Regarde aussi les sources, l’invisible de tes phrases est déjà dans leur murmure. Puis ferme les yeux et emporte ton pays derrière ton front, là où personne jamais ne pourra le piller ou le franchir. C’est dans les tombes, sous les fronts des morts et longtemps après l’apocalypse, que le monde un jour reprendra vie.

( 3 )

L’homme qui m’a offert l’ici était un silencieux au visage de planche et de sciure. Ses paroles s’agenouillaient sur la terre pour y planter des blessures vertes plus larges que ses mains. Quand il est mort j’ai su que quelque chose de lui serait à moi et qu’il était impossible de posséder ce qui toujours se dérobe dans le paysage gorgé d’étoiles et de moineaux.

( 4 )

Quand il est mort j’ai su parler aux arbres depuis mon aubier d’enfant végétal et ce que j’ai entendu a effacé toutes mes peurs. L’éblouissement n’est pas une brûlure du regard mais une neige tombée en flocons derrière le visage que nos proches reconnaissent comme l’envers de notre joie. Je ressemble au givre du jour qui passe et ce qui me traverse est à toi.

( 5 )

Dans le cercle de mes pupilles, j’invite, depuis la fenêtre qui me scrute, toutes les ombres de ma façade : le toit ardoise de la ferme d’en face, les poubelles alignées comme des saintes devant le monastère de la route, le chien noir et le chien blanc, le fils du fermier et son quad, le triangle jaune, noir et rouge « Attention Travaux » posé devant le mur de sa ferme, la haie desséchée par l’hiver, les deux coqs roux et le coq gris au cul de la poule blanche, l’ombre de ma maison sur la pelouse indifférente, un peu de vent sur tout ça juste pour dire que ça bouge. Convoquant une à une ces présences, je me reconnais vivant une fois de plus. C’est peut-être tout cela écrire, se réconcilier, accueillir, et le verbe est trop étroit pour une action aussi pleine. L’écriture est la salive de l’éternité ; cette phrase laconique je l’ai rêvée, convaincue qu’elle devait m’emporter plus loin quelque part. Mais où ?

S'arrêter sous le bruissement paisible dun arbre

S'arrêter sous le bruissement paisible dun arbre

( 6 )

C’est ici le pays, une promenade à l’envers dans la promenade. Hier la route m’a avalé au rythme de mes pensées défaites. Un fermier a accéléré pour me noyer derrière son tracteur dans un nuage de poussière après avoir déversé sur les champs des tombereaux de merde fertile. J’appartiens à l’horizon qui me le rend au centuple, m’apprenant la nudité du regard qui se dédouble et ricoche, là-bas, dans le lieu exact de l’abandon. Je sais qu’à cet endroit mes yeux lâchent prise, se contentent de la présence et de ne sentir aucun obstacle. Ni mon corps, ni le corps du ciel.

( 7 )

Je ne crois en rien d’autre qu’en ce voyage dans l’ici qui me propulse dans les eaux du mystère de naître en sortant des eaux noires et aveugles du quotidien. Impossible de me distraire de cette puissance du silence à défaire les récits pour en laisser la poussière imprégner ces pages.

( 8 )

Ici, les mots se hissent comme des ombres hors d’un lointain d’envoûtement et de haine au moment précis où les arbres abattus à la hache se déforment en phrases longilignes : toute syllabe rampe vers la lumière d’une page qui lui tend les bras. Chacun écrit avec du sang retourné, de la salive qui refuse, avec des rêves criant plus haut que les draps qui pourraient nous étouffer, livides, épuisés par l’indifférence menaçant chaque jour notre émotion.

( 9 )

Le saccage d’où l’on est sorti un jour, poisson échoué sur le ventre des mousses pubiennes, pays de verre et d’écho dont nous n’oublierons jamais les rumeurs de source, vient meurtrir sa mémoire sur notre front essayant d’incliner tout ce que nous pensons de lui vers des chuchotements de corde ou de ciel. Une haie se frottant aux nuages, un chemin dressé de flaques et de clôtures hirsutes.

( 10 )

Tout parle dans un pays et le silence a une couleur bien à lui. Ce chant est seulement audible à ceux qui, dans le poème, perdent totalement l’esprit, en le lisant ou en l’écrivant, et qu’en lieu et place de leur conscience rayonne une nouvelle étoile dont on ne sait rien dire, comme à l’époque des hommes brûlés par la peur et la violence de ceux qui voulaient posséder le monde. Marqué à la nuque, celui qui écrit, l’oreille collée au déferlant de sa terre, sera suspecté aussi. Il ne veut rien d’autre que ressembler au balbutiement humble du Nous, rendu impossible par le désir de domination des élus. Celui qui écrit désigne sa terre comme seule révélation qui l’incline. Ni les saints ni les puissants n’ont de prise sur lui sauf s’ils renoncent à tout comme il se doit quand on entre dans l’ici de la présence.

Regarder, ne rien faire, être avec

Regarder, ne rien faire, être avec

( 11 )

Ici me regarde depuis que j’ai ouvert les yeux et j’ai eu peur de l’ici comme on craint le loup. La nuit rampait sous mon lit et je rampais en pensée dans des tunnels étroits de glaise et de racine tel un ver dans un fruit pour que l’ici m’accepte, m’enfante, noyau vivant de sa chair de ciel et de fiente, nuage, racine, pistil ou n’importe quoi. Je m’en voulais d’être un enfant puis un homme aspirant toujours à plus de ressemblance avec cette vastitude d’arbres et de champs noirs. Devant ce grand large sans bateau, sans capitaine, dont les vagues brunes se couvraient un jour de blé ou de colza, de forêts ou d’herbes furieuses, fermant les yeux d’un seul coup à l’automne, je retrouvais ma mémoire infinie, mon pépie-ment d’avant le langage et un regard qui savait. Une connaissance sans bord guidait mes pas vers l’intérieur du pays, là où les contours du monde épousaient chaque centimètre de ma peau par l’air et le souffle qui me recouvraient, là où j’étais moi-même, transparent et nuageux.

( 12 )

Quand je m’égarais dans les douves ou dans les souterrains de ma ville, une main invisible déchirait ma poitrine au sortir de chaque exploration pour faire entrer dans mon buste des lumières enivrantes comme des parfums d’en haut. Le jus des fleurs tachait mes doigts et en suçant les tiges des boutons-d’or, je découvrais la traversée de l’insatiable et cette vacuité en moi que rien jamais ne pourrait combler, comme un trou de bonheur immense, un vertige doucement lointain. Le beurre des pétales tournait dans mes yeux, étoile tombée du ciel vers ma bouche, et parler ressemblait à un élan de l’âme entre mes mains, balbutiement palpitant des bogues quand chaque mot s’écaille comme un fruit de coque dans la phrase.

( 13 )

Je m’en voulais de voir avec mes yeux plutôt qu’avec mes écorces, mes hautes herbes et mon feuillage, de ne pas savoir voler ou mordre, ruer ou égorger les poules entre mes dents, creuser un terrier ou gober un œuf avec les fouines. Comment soupire un arbre et que pense-t-il des gens qui vont et viennent sous ses larmes ? Que voit-il des oiseaux, du ciel sur sa tête et des remous de la terre sous ses racines.

( 14 )

Je suis né ici. Où l’ici est né avec moi. Ici et je tremblent dans la même brume, le même hasard, à la pointe extrême de ma présence. Sur mes lèvres et sur mon front. Ma chair est pétrie de collines, de forêts. De lieux innommables en forme de broussaille. De chemins plus verts que la mousse des arbres. Et à chaque souffle, ici renaît en moi. J’ouvre la porte : le ciel. J’ouvre la fenêtre : le ciel. J’ouvre les yeux : le ciel.

( 15 )

J’ai grandi au bord des fenêtres attaché au fleuve du ciel comme un chien à un piquet, éclaboussé de draches fouettées, fouettantes, empêtré de naissances entre le gris et le mauve des toitures, de silence en forme de buée sur la vitre. J’ai grandi à l’envers, rebroussant chemin dans le silence d’un arrière pays de cendre et de pelouses pubiennes. Du vent a dormi entre mes yeux et j’ai su lui dire tout ce qui m’attachait à sa révolte dans le frisson des feuillages, les rides à la surface de l’étang ou les jupes soulevées des cavalières. Le froid des vitres a sculpté cette langue de verre dans ma bouche, coupante comme le froid de l’hiver. Puis j’ai grandi sur la bouche cerise des filles, enlacé à leur haleine de soie blanche, buvant le goutte-à-goutte des larmes qui entre leurs hanches laissaient pleurer les giboulées de leurs soupirs, écartant les linges comme des herbes hautes et leurs lèvres comme le fruit le plus sucré de leur chair. Elles m’ont offert en échange la conviction d’une jouissance aussi large que l’ondulation des blés sous le vent, profonde comme les lacs des anciennes carrières, une jouissance pliant le sujet dans sa ressemblance avec le monde.

Là où le ciel s'incline dans les abreuvoirs

Là où le ciel s'incline dans les abreuvoirs

( 16 )

Le ciel est une âme plus vaste que mes pensées. Plus vaste que les yeux des hommes. Plus vaste que mourir. Le ciel en parler ne sert à rien, il entre dans chacun de nos soupirs. Dans les yeux gris des vieillards qui étouffent leur femme sous un oreiller de peur qu’elle leur vole tout le ciel. Sous l’herbe des carcasses entrouvertes par un veau mal né et qui se décomposent doucement coulant à pic dans le jus noir des prairies. Le ciel est venu ici pour toujours et depuis que toujours n’a pas de nom. Le ciel tape sur la table et tout le monde se tait, les vivants, les morts, enfin unis par leur silence. Le ciel n’a ni dieu ni maître, il aime les hommes qui le scrutent pas ceux qui le vénèrent. Le ciel est un poison violent qui, dés l’enfance, coule dans nos veines pour nous guérir d’être ici et nous rappeler que la mort est infinie.

( 17 )

Quand j’écris du ciel me viole et m’oblige à ces paroles insensées ouvrant ma tête de maison en ruine, portes et fenêtres éventrées, de l’herbe ronge mes mains et mes phrases grouillent avec les lierres mangeurs de murs et d’écorce. Quand j’écris le ciel me regarde les yeux dans les yeux et j’ai peur que la fin approche et elle approche bien sûr. À chaque mot, à chaque bas de page, mon visage tombe en miette sur le plancher et je suis aveugle de tous mes livres. Quand j’écris du ciel pousse sous la page et je récolte une ivresse de nuage blanche comme la mousse du genièvre et des houblons. Blanche comme la bave des pendus car ici on se pend pour un oui pour un non. Pour un non surtout. Et quand je n’écris pas, j’oblige le ciel à dormir comme une bête contre moi.

 

Se glisser entre les forêts lumineuses

Se glisser entre les forêts lumineuses

( 18 )

Je deviens ici ou ici devient moi. Depuis quand je ne sais pas. Je n’ai jamais su. Je ne veux pas savoir. Jamais. Quand je marche, je suis assis. Quand je dors, je marche. Avant de naître, j’étais mort et je marchais, assis dans le ventre de ma mère et son étang, son étrange écluse, son marais clair bordé de soupirs et de lettres écrites par mon père mangé par une absence aux yeux gris.

( 19 )

Marcher est un rêve qui tient debout mon corps depuis l’invention des routes. Depuis l’invention de mon nom et de mon corps. Depuis l’invention du premier mot dans ma bouche d’enfant pour dire l’ici et sa glaise dans mon sang, dans mes nerfs. Et toutes les percées dans les forêts de chêne qu’on a ouvert comme des ventres de putain. Celui qui aime la chair d’où il débarque aime plus qu’une mère. Les arbres, la lumière, le ciel avancent et traversent sa fontanelle avec la lenteur des grandes phrases Proustiennes. Celui qui aime la chair d’où il débarque se laisse dévorer par les prairies, les horizons mangeurs de toits et rien, le presque rien d’être ici dans le silence clos des villages refermés comme des trésors anciens. Comme des grottes où soupirent les ombres. Poèmes de mémoires brunes remontent à la surface gorgés de pierre bleue, d’ardoises et de troupeaux pétrifiés dans les chemins, de hordes en attente d’un fil de fer ôté du piquet pour faire passage, de sillons retournés comme des dos bruns sous le ciel. Je suis de tous les beffrois, de toutes les églises et le diable vénère mes poisons. Je connais l’envoûtement des carpes et comment jeter un chevreuil sur le capot d’une voiture. Perdre les pigeons à l’infini pour qu’ils reviennent dans les rêves de leur maîtres. Le carnaval de mes silences est un homme déguisé en femme ivre avec de gros seins rouges. Dieu viole les âmes en un seul nuage. Et chacun y consent. Ce que je vois me mange et je mange le regard du ciel écrasé sur la vitre.

( 20 )

Ici, tout est vert, toujours, même à l’hiver, le soleil et la neige, les rivières et le ciel, tout est vert, toujours, qu’il pleuve ou qu’il fasse nuit, car les ténèbres sont vertes et l’enfer aussi. Dieu est céladon et tourne en rond dans l’éden des feuillages. Les fenêtres sont vertes, la pluie, le temps qui passe ou se referme, les clôtures, les chats, les forêts, la lumière, la langue est verte dans la bouche des vaches.

( 21 )

Et puis, une légende raconte, qu’en ces prairies rongées par les champs et les villages, l’herbe rend fou et qu’autant de verdure, à force, saisit l’âme, le corps, comme à l’inverse du désert, en les submergeant de désir, un désir inhumain et humide, d’ortie et de ronce, de liseron et de lierre, éclatant la mémoire et l’esprit, déformant les chairs et les visages, même au repos, en les vidant de toute volonté, au profit d’une présence absorbée par le végétal dans ses retraits ou ses poussées. Un silence en forme de goitre. Un doute à l’aspect de pied bot. Une âme verte, invasive et océanique.

( 22 )

Un regard de drache et d’ornière pénètre le passant, à chaque rencontre, du même vertige devant le vide et le néant des prairies. L’herbe coupe la chair, la chair coupe le souffle. Ici, on fait l’amour comme on se jette dans les bras du ciel et de la mort aux pieds des arbres qui recouvrent l’horizon et les charognes de mousses attirant les corps à s’y coucher encore. Ici on fait l’amour dans la même furie que les orages pour défaire tous les liens et rendre fou les chevaux et les prêtres.

( 23 )

Mais les légendes aujourd’hui personne n’y croit car on ne croit plus en rien ni en personne. On meurt en silence les uns à côté des autres en étouffant sa plainte, le chant unique d’une agonie dérange la belle parole. Les corps épousent les ruines doucement et sur les tombes, la pluie efface les noms.

( 24 )

C’est ainsi que des secrets en forme de buissons et d’arbustes poussent un peu partout dans la campagne attendant qu’on les frôle pour raconter leur histoire. Sous les fougères, un silence recoud les yeux, les lèvres et pousse les pierres hors des maisons en ruine à rouler jusqu’aux fossés des bords de chemin. Une main au hasard les ramasse dans le souci de clore une voûte, un mur, inachevés. Mais ici, on ne raconte pas d’histoire. On délire ou on se tait. On s’effondre ou on soupire. Et le délire est parfois un geste pour arracher la mauvaise herbe. La grisaille se referme sur toutes les agitations comme un vieux livre fatigué. Les pages qu’on déchire repoussent la nuit dans les rêves de ceux qui voudraient fuir et qui aiment mourir pauvres, ici, de père en fils, sans rien attendre du père qui nous a égorgés.

( 25 )

Ici n’est rien d’autre que le soupir de Dieu juste avant qu’il se noie dans les eaux du-dessus et les eaux du-dessous, un peu d’herbe qu’il invente sous la main pour sortir du naufrage, s’arracher des eaux grondantes du temps quand la lumière se fracasse sur le rocher du ciel. Par la pluie drue des draches et les syncopes noires des averses crevant les yeux des flaques, tous les Noé construisent un arche de silence où viendront un jour se réconcilier le jour et la nuit. Le silence et la clameur du monde. La nudité et la mort.

( 26 )

Ici tu en as rêvé. Dans le plus pur de tes déserts. Quand le sable est vert et le crépitement de la fournaise, sur le toit. C’est là, c’est le bon endroit. Mais tu ne peux pas t’y arrêter, c’est un lieu qui se dérobe au regard. Imagines un pays liquide, de verre et de boue, un sol qui se dérobe et un ciel qui tombe en arrêt sur le vide, imagine des falaises, des églises comme des barques, des jeux où l’on jette des enfants comme des quilles contre les arbres, des hommes tout noir dehors, tout noir dedans, et tant de pauvreté qu’on ne sait plus compter ce qui manque. Imagine tout ça puis efface-le. Par une guerre, un ouragan ou du silence. Et tu connaîtras ce que chacun de nous voit enfin le jour où il ouvre les yeux pour toujours. Tu verras qu’ici est le seul lieu possible dans son éblouissement.

( 27 )

Ici la nuit est plus grande que le jour et le mange parfois. Le jour ne dit rien et consent à cette grisaille de la nuit dans le ciel, sur les fenêtres des maisons et dans les yeux des ruraux qui vont et viennent tête basse, croyant le monde fini alors que s’inventent d’autres ténèbres sous leurs pieds pour leurs enfants. Ici la nuit est plus grande que le jour et parfois le mange pour nous apprendre à voir la lumière penchée en elle-même, prête à s’abattre comme un arbre, là où, au bord des falaises escarpées du Cap Blanc-Nez tu laisses tes yeux découvrir l’aplomb du vide caché en toute chose. En tout être. Et ce sursaut que fait le temps dans le corps avant de fermer les yeux.

( 28 )

Ici connaît tout des mots qui s’écrivent à tord et à travers dans le remous des décisions qui se prennent aux rythmes des fumées toxiques et des gaz à effet de serre. Un trou de mémoire énorme creuse un autre ciel dans le ciel, là ou pourra retomber un jour ce qui nous attend depuis le premier jour. Aveugles, nous pourrons enfin voir de l’intérieur, nager dans les grands fonds de notre inconscience et ressembler à ce qui nous a façonnés. Ici ne craint pas la fin inscrite dans le commencement car chaque fleur dans le pommier est un œil et chaque brin d’herbe, un monde où se refait le monde.

( 29 )

Je pourrirai et il m’arrivera d’encore éclore ici. Sous d’autres visages que cet esprit qui croit durer avec les mots sans jamais soupçonner les formes qui l’attendent. Mon cadavre partira en bouillie dans l’haleine des brumes, celle des troupeaux bousculés par le désir d’un abri, celle plus torve des pourrissements de fumier ou de chair. On marchera sur mes blessures de boue et de flaques et je ne dirai rien. Rien d’autre que ce long silence dans la main de l’horizon déchiré par le tumulte des pluies draconiennes. Ceux qui viendront me parler entendront les écorces craquer, les buissons frissonner et la terre claquer sous leurs chaussures. Je serai nu enfin et personne n’y pourra rien. Je tiendrai entre mes mains ce qui m’aura cerné toute ma vie et je serai tenu par lui. Les cenelles des aubépines feront battre le cœur invisible de mes rêves au rythme inaudible des sources.

 

Décembre 2016

Entre Floursies, Pays de Mormal

dans l'Avesnois

et Auby

Champ de maïs sous le champ du ciel

Champ de maïs sous le champ du ciel

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